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Trilogie allemande – Charlotte Link

(Le temps des orages, Les lupins sauvages, L’heure de l’héritage)

Libre Expression (2002)

509 pages

Libre Expression (2003)

658 pages

Libre Expression (2003)

551 pages

J’ai commencé cette trilogie sans grandes attentes ni grands espoirs il y a plusieurs mois. Il faut dire que je venais de terminer Jane Eyre, que j’avais adoré, alors celle-ci me semblait un peu fade après le livre de Charlotte Brontë. Mais il y a quelques semaines, j’ai réessayé. Je voulais vraiment soit lire ces livres ou m’en débarrasser, car ils traînaient ici depuis des années. J’ai donc tout repris du début et miracle, j’ai embarqué. Ces livres ont plein de défauts (répétitions, personnages très stéréotypés, etc.), mais si on se laisse prendre par la saga de cette famille qui traverse les deux Guerres mondiales, on y trouvera notre compte.

En très gros résumé, la trilogie raconte l’histoire de la famille Domberg entre 1914 et 1994 et surtout celle de Felicia Degnelly, fille de Elsa Domberg et de Rudolf Degnelly. Le tout commence à Lulinn, domaine de la famille en Prusse-Orientale. (Mais c’est où, la Prusse-Orientale? C’est dans le royaume de l’empire allemand jusqu’en 1945, environ. Aujourd’hui, ce territoire est divisé entre la Pologne et la Russie. Lulinn est près de Königsberg, rebaptisée Kaliningrad, une exclave russe entre la Pologne et la Lituanie.) On est donc à Lulinn, résidence du patriarche et de la matriarche de la famille et résidence d’été pour les autres membres de la famille. La Première Guerre mondiale éclate, et le destin de la famille en sera changé à jamais. Le grand-père, Ferdinand, ne survivra pas longtemps; les quatre enfants, Victor, Elsa, Belle et Léo, et les petits-enfants, Modeste, Johannes, Felicia, Christian et Nicola, vivront divers drames: guerre, morts, mariages, divorces, maladies, etc. Évidemment, il faut ajouter à ça quelques bonnes histoires d’amour tragiques sur fond de guerre, mais aussi sur fond de reconstruction, et l’histoire d’amour entre Felicia, Maksim et Alex reviendra tout au long des livres.

Comme je l’ai dit plus haut, selon moi, les personnages sont très stéréotypés. Toutes les femmes de la famille, ou presque, ont les yeux gris (Qui a déjà vu des yeux gris?) et sont très froides, elles ne peuvent pas aimer, sont arrivistes, etc. Une ou deux, ça va, mais toute la gang? Et répété toutes les pages? Ça fait lourd. Et l’histoire entre Felicia et Maksim qui se tournent autour pendant 80 ans? Pus capable à la fin! Mais cela dit, cette saga familiale est un prétexte pour nous faire découvrir la guerre autrement, au cas par cas, ce qui a été différent pour moi, car j’ai l’habitude voir des documentaires sur la guerre ou de grands films qui se concentrent surtout sur les batailles ou sur la guerre comme un tout. Mais ici, on se rend compte des traces que la guerre laissait sur les individus. Même si cette oeuvre est romancée, je suis sûre que tout ce qui est raconté a dû être vécu: les jeunes envoyés à la guerre qui ne reviennent pas ou reviennent marqués ou défigurés, les plus vieux qui étaient dispensés au début, mais qui devront y aller plus tard pour renflouer les rangs qui baissent, les déserteurs et leur sort, les médecins et infirmières morts sur terrain, les gens torturés et violés, les domaines pillés, les maisons brûlées, les courses folles pour s’enfuir, souvent dans la neige et le froid, les morts qui surviennent, les files pour essayer d’obtenir du pain et du lait, la révolution en Russie en même temps, l’exil des juifs, les camps de concentration, ceux qui ont pu se cacher, ceux qui ont caché, etc. Tous ces malheurs sont ramenés à l’échelle individuelle à travers l’histoire des personnages, ce qui est extrêmement touchant, car on voit le pire de l’homme, mais on voit aussi le meilleur à travers les histoires de ceux qui ont aidé, de ceux qui ont tout perdu et qui ont pu se relever, etc. On passe de Berlin à Munich à Saint-Pétersbourg à Paris, on voit les villes changer au fil du temps et des guerres, et c’est très intéressant.  On rencontre (de loin) des personnages historiques, Staline, Lénine, Trotski et même Hitler, alors qu’ils étaient encore jeunes. On comprend un peu plus le peuple allemand de ne pas avoir su s’élever contre les fous lorsque ceux-ci sont arrivés, car les Allemands vivaient dans la misère depuis la Première Guerre.

Des trois livres, j’ai de loin préféré le premier et le deuxième tomes. Le premier s’en tient surtout aux années entourant la Première Guerre mondiale. Le deuxième, aux années entourant la Deuxième Guerre mondiale. Le troisième, après un prologue se situant en 1957, saute aux années 1977, et est le moins intéressant. Peut-être est-ce parce que l’époque est encore très proche et que nous la connaissons mieux? L’histoire du troisième tome suit encore le parcours des membres survivants de la famille, mais pour le contenu, il est beaucoup moins intéressant. On y parle du monde des affaires et des multinationales, de voyages aux États-Unis, de la montée du militantisme chez les jeunes, de ceux qui ont émigré en Israël et de la menace du Koweït, du sida, des usines en Chine, etc. Un peu de tout, peut-être un peu trop, ce qui fait qu’on ne s’attache pas autant aux personnages que dans les deux premiers tomes. Je l’ai lu au complet, mais parfois en diagonale, car l’histoire m’intéressait moins et les répétitions sur ces femmes froides aux yeux gris étaient encore plus présentes.

Si vous voulez des informations plus exactes sur les Guerres, j’imagine que ces livres ne sont peut-être pas les meilleurs ouvrages, mais pour vivre la guerre et ses conséquences au jour le jour, je les ai trouvés intéressants et je pense avoir appris certains trucs (révolution en Russie en pleine Première Guerre mondiale, répartition du territoire, etc.)

Ce livre fait partie du défi La plume au féminin, dans lequel je voulais découvrir 4 auteures entre le 8 mars 2011 et le 8 mars 2012. La première a été Charlotte Brontë avec Jane Eyre, et j’enchaînerai avec Sylvia Plath.

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Jane Eyre – Charlotte Brontë

Charlotte Brontë (cette édition 1992 – première édition 1847)

Wordsworth Classics

548 pages

J’avais adoré Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent en version traduite) d’Emily Brontë. Je ne m’attendais pas à adorer Jane Eyre. Je me disais que c’était assez improbable que deux sœurs aient le même talent ou je pensais que ce livre-ci serait une copie du premier, qu’il tiendrait sa notoriété du fait de la vie tragique de la famille, etc. Eh bien, honte à moi, femme de peu de foi. J’ai a-d-o-r-é. Je l’ai à peine terminé que j’aimerais le relire. Je veux voir le dernier film, des documentaires, lire sur l’auteure, sur ses sœurs, lire leur oeuvre, tout!

Pour tomber dans la comparaison facile, ce que d’autres ont sûrement déjà fait (en fait, il doit même exister des thèses de doctorat sur le sujet), je peux dire qu’après deux Brontë et quatre Austen, je préfère les livres des premières. Les histoires, même si elles décrivent un peu les mêmes sociétés et les mêmes enjeux, sont beaucoup plus noires. Gothiques? Du moins, elles me semblent pas mal plus substantielles et originales, même si j’aime quand même beaucoup l’humour des livres d’Austen.

Revenons au livre. Jane Eyre, jeune orpheline, va vivre chez sa tante maternelle. Sa tante et ses cousins la traitent comme un fardeau, une moins que rien. Après quelques épisodes d’humeur (c’est que la jeune Jane ne s’en laisse pas toujours imposer), on l’envoie à Lowood, une affreuse pension où Jane sera éduquée et se fera des amies, malgré la dure vie. À sa majorité, elle enseignera à Lowood deux ans avant de mettre une petite annonce dans le journal (c’est vous dire qu’elle était avant-gardiste) et de se trouver un poste de gouvernante à Thornfield pour la jeune Adèle, pupille de M. Rochester, propriétaire des lieux. Entre eux deux, une histoire se développera, mais ce ne sera pas de tout repos. Je m’arrête ici, pour ne pas dévoiler la fin.

Par où commencer? Par dire que je connaissais cette oeuvre de nom, mais que je ne connaissais pas du tout l’histoire. J’ai tout aimé de ce livre. J’ai aimé la description de la société anglaise de l’époque, de l’éducation, du rôle des hommes et des femmes, des régions, de la religion, etc. J’ai adoré que Jane, malgré son statut d’orpheline, ne soit pas qu’une victime. Dès les premières pages du livre, on découvre une fille forte et têtue qui n’a pas peur de parler haut et de dire ce qu’elle pense, que ce soit à sa tante, à son maître ou au révérend. J’ai adoré l’histoire d’amour tellement pas mièvre entre Jane et Rochester. J’ai adoré l’indépendance de Jane durant son exil, sa fidélité et ses principes. J’ai été vraiment impressionnée par le sang-froid et l’indépendance de Jane, deux qualités sûrement peu féminines et usitées à l’époque. C’est probablement une des raisons qui a poussé Charlotte Brontë à faire publier son livre sous le pseudonyme de Curer Bell. Enfin, sur une note plus légère, j’ai beaucoup apprécié que tout le français qui se retrouve dans le texte soit exempt de fautes! Souvent, dans des livres écrits en anglais, le français qui y est inséré n’est jamais révisé et il y a toujours des erreurs. Tellement peu professionnel, à mon avis.

Là où le bât blesse, c’est que Brontë, comme sa soeur et les autres auteurs de l’époque, semble vouloir parfois trop en mettre, ou plutôt tout mettre, comme pour étaler ses connaissances. Dans ce livre-ci, c’était le français et la religion (le père des Brontë était révérend). Ce n’est pas inintéressant, mais ce n’est pas non plus toujours pertinent. Ce n’est tout de fois pas désagréable. On lit quelques paragraphes plus rapidement que d’autres…

Je crois qu’on peut lire Jane Eyre sans connaître grand-chose de l’histoire de Brontë, comme moi, mais l’histoire devient des plus intéressante quand on connaît un peu la biographie de la famille. Charlotte Brontë et ses soeurs ont passé quelque temps dans une pension comme Lowood, où elles ont acquis une éducation, mais où deux des leurs sont mortes, et ces morts ont énormément affecté les soeurs (ressemblance avec Helen Burns dans le livre).  Charlotte, comme Jane Eyre, a aussi travaillé comme gouvernante, elle rêvait d’être institutrice et a même étudié en Belgique sous un maître qui ressemble étrangement à M. Rochester.

Si vous avez une liseuse, les œuvres des Brontë sont toutes offertes gratuitement à divers endroits sur le Web. Je pense entre autres au projet Gutenberg, où vous pouvez les télécharger en français ou en anglais. C’est ici. Ou à ebooksgratuits, ici. Pour s’amuser sur un blogue (français) consacré aux soeurs Brontë, c’est. Pour un blogue en anglais, tout aussi intéressant, allez là.

Ce livre était le premier du Défi La Plume au féminin. Avant de poursuivre avec un autre roman, je vais lire la vieille biographie des soeurs Brontë qui traîne ici depuis des années: La vie passionnée des Brontë de Jeanne Bluteau.

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Classé dans Brontë Charlotte, Défis littéraires