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Les Maîtres de Glenmarkie – Jean-Pierre Ohl

Jean-Pierre OHL (2008)

Gallimard

361 pages

Voici une phrase du livre qui résume bien l’oeuvre: Un livre + un livre + un livre + un livre + un livre = un homme. 

L’histoire, racontée à deux voix (celle de Mary et celle de Krook), commence sur l’île d’Islay, en Écosse, à la fin des années 40. Mary Guthrie, la fille du bedeau, entretient une drôle de relation avec Ebenezer Krook, le prêtre de la paroisse. Une relation qui influencera le parcours universitaire de Mary à Édimbourg et qui poussera Krook à défroquer. Vous pensez que je parle d’une simple partie de jambes en l’air? Pas du tout.

Krook vit sous un nuage noir depuis son enfance: son père, parti à la guerre alors que Krook n’était qu’enfant, est mort en laissant à son fils un livre (Martin Eden de Jack London) et une bague. Sa mère, professeure de littérature et spécialiste de sir Thomas de Glenmarkie (un homme de lettres mineur mort de rire), en avait plus pour ses livres que pour son fils. Les années passent, et Krook devient prêtre (sans grande conviction). Un jour, après avoir frappé son supérieur, Krook, un ivrogne, s’en va à Édimbourg où il deviendra commis dans une librairie, milieu qu’il abhorre à cause de sa mère. Mais cette librairie est « spéciale », car on n’y vend que des livres parus depuis plus de 50 ans, donc pas de James Joyce et Virginia Woolf, car cette date est « La digue qui nous préserve du flot malsain des livres de circonstances. Des livres superflus, vite écrits, vite vendus, vite oubliés. » (p. 101)

Quant à Mary, qui a trouvé refuge dans la littérature après la mort de sa mère, elle s’accroche à Glenmarkie et désire en faire sa thèse à l’université. Ce désir la mènera au manoir délabré de la famille Glenmarkie où elle rencontra des êtres étranges, où elle tentera de résoudre le mystère du secrétaire aux 32 tiroirs et où la ligne entre la folie et la raison est mince.

Mon résumé me semble bien pauvre comparé à tout ce qui se trouve dans ce livre: relations maudites, problèmes de boisson, vieux livres, famille étrange, énigmes à résoudre, etc. Mais ce que je peux en dire avec certitude, c’est que ce livre plaira aux lecteurs, ceux qui aiment les vieux livres, les auteurs classiques, ceux qui rêvent d’avoir une bouquinerie mal organisée à côté de chez eux.

Ce livre est une porte d’entrée vers d’autres livres. C’est un livre « en toile d’araignée » où l’auteur nous parle de Jack London, de Dickens, de Dostoïevski, de Henry James, du Maître de Ballantrae de Stevenson, etc. C’est un livre dans lequel George Orwell a un grand rôle et dans lequel le livre de Jack London, Martin Eden, est presque un personnage. Ce livre est pour ceux que les livres font rêver, pour ceux qui donnent un caractère romantique à la littérature:

« La pile de livres sur la table de nuit de Walpole me rappela son dernier passage à la boutique, le lundi après le match. Robin, Lewis étaient là. ‘Je suis venu les caresser.’ Et il l’avait fait. Il avait caressé les livres. ‘Pas le temps. Pas le temps de vous lire tous… On a, quoi, cinquante, soixante ans devant nous ? Presque rien. Tous ces livres qu’on n’a pas lus… ces mariages manqués… car ce sont des mariages! Les livres et les lecteurs se marient, ils font même des enfants! Des petits homoncules qui ne quittent jamais notre cerveau, mais qui vivent à leur façon, qui grandissent et meurent avec nous… Ils ont même des noms en italiques: Humphry Clinker, Moby Dick…' » (p. 345)

Mais attention. Ce livre n’est pas pour plaire à tous. Il est très absurde par moment, donc pour ceux qui préfèrent quelque chose de plus traditionnel, ça peut déranger. Et garde aux lecteurs qui n’aiment pas consulter un dictionnaire. Peut-être est-ce un signe de mon manque de vocabulaire, mais à plusieurs reprises, j’ai dû sortir Petit Bob pour qu’il m’indique ce que voulaient dire atermoiement, loupiote, manducation, etc.

Enfin, pour terminer sur une note amusante, je veux vous dire que par le plus grand des hasards, j’ai goûté en fin de semaine, chez des amis, au whisky Caol Ila, le whisky dont on fait mention dans le livre. Et eurêka! Après maintes dégustations de liquide ambré, j’ai enfin trouvé whisky à mon pied. Il est excellent. Rien à voir avec ceux que j’avais goûtés auparavant. Les « experts » au tour de la table m’ont dit que contrairement à la plupart des whiskys, celui-ci n’était pas fumé. Ce qui fait sa différence. Donc, il paraîtrait que j’aime bien le whisky non fumé. Et le whisky cher, car il se vend à peu près 135$…

Pour moi, ce livre fut une découverte. Je l’ai emprunté à la biblio, mais j’irai me le procurer à la librairie pour le relire. Je n’en avais jamais entendu parler avant, mais c’est bien moi. Toujours en retard. Apparemment que dans le milieu des blogues littéraires, ce livre avait la cote depuis un bout! Si vous voulez lire d’autres critiques, en voici quelques-unes pigées au hasard. Certaines sont bonnes, d’autres plus mitigées ou encore, dithyrambiques:

Cryss

Lou

Yspaddaden

Le hérisson lecteur

Karine

Yueyin 

Ce livre fait partie de notre défi Kiltissime, qui tire à sa fin. Si vous voulez voir ce que les participants ont lu jusqu’à présent, cliquez sur la photo

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Classé dans Ohl Jean-Pierre

Les Chroniques de MacKayla Lane – Karen Marie Moning

Karen Marie MONING (2006-2011)

1) Fièvre noire (2006) (version originale: Darkfever) J’ai lu (414 pages)

2) Fièvre rouge (2007) (version originale: Bloodfever) J’ai lu (441 pages)

3) Fièvre faë (2008) (version originale: Faefever) J’ai lu (470 pages)

4) Fièvre fatale (2009) (version originale: Dreamfever) J’ai lu (598 pages)

5) Shadowfever (2011) Delacorte Press (595 pages) (Pas encore traduit)

Cinq livres en à peu près sept jours. Je suis tombée accro de cette série dès que j’ai lu les premières pages. Ça ne veut pas dire qu’elle est sans fautes, mais ça m’a fait passer un bon moment. C’est le genre de série dans laquelle on se perd complètement, le genre qu’on lit en mangeant. Comme j’ai lu tous les tomes un à la suite de l’autre, presque sans pause pour respirer, j’ai décidé d’en faire une seule critique. De toute façon, l’intrigue est entière dans mon esprit, et je serais incapable de la diviser par livres.

Résumer l’histoire en son entier serait impossible et de toute façon, je ferais trop de révélations. Je m’en tiendrai aux grandes lignes, et vous verrez tout de suite si c’est le genre d’histoire qui vous intéresse:

MacKayla (Mac) Lane est une jeune Américaine de 22 ans, originaire de la Géorgie. Sa soeur aînée, Alina, qui est à Dublin pour un échange universitaire, se fait sauvagement assassiner, et la police de Dublin, fautes d’indices, clôt le dossier. Mac, qui a reçu un appel de sa soeur juste avant sa mort, décide d’aller à Dublin pour fouetter les troupes policières et pour trouver le meurtrier de sa soeur. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Mac découvrira un monde dédoublé où se côtoient, généralement sans s’embêter, les humains et les Faës, un genre d’êtres extraterrestres qui habitent un monde parallèle. En temps normal, ces deux espèces ne se croisent pas, mais les murs qui s’élèvent entre ces mondes sont en train de s’effondrer, ce qui n’annonce rien de bon.

Après quelques jours à Dublin, Mac apprendra qu’elle est une sidhe-seer, une personne pouvant voir les Faës, et qu’elle peut aussi sentir les Objets de pouvoir appartenant aux Faës ainsi que le Sinsar Dubh, un livre maléfique que tout le monde essaie de retrouver pour des raisons qui leur sont propres. Comme Mac apprend que sa soeur cherchait aussi le Sinsar Dubh, elle se met aussi à sa recherche. Mais sa quête ne sera pas de tout repos. Elle aboutira chez Jéricho Barrons, un libraire aussi à la recherche du Sinsar Dubh, qui l’aidera, l’exploitera et la protégera. Ensemble, ils tenteront de récupérer les Objets de pouvoir nécessaires pour retrouver le Sinsar Dubh et pour y arriver, ils devront affronter la mafia, des vampires, des Faës seelie (les bons), des Faës unseelie (les méchants) et des Faës de volupté fatale, c’est-à-dire des Faës qui ont un attrait sexuel irrésistible sur la personne qui les regarde.

J’ai adoré cette série. C’est mon côté ado qui ressort, j’imagine. J’ai retrouvé les mêmes sensations que lorsque je lisais les Anne Rice à 20 ans. C’est le genre de livres parfaits pour l’été, où on ne veut qu’être diverti. Évidemment, c’est exagéré. Pour apprécier, il faut abandonner tout espoir de grande littérature et profiter de l’histoire. Ceci étant dit, les 5 livres sont quand même très bien ficelés, la quête de Mac et de Jéricho se tient, on est tenu en haleine et la révélation finale n’est pas connue d’avance. La petite histoire d’amour/de sexe entre Mac et Jéricho (je ne révèle rien, car il est évident dès le début qu’il se passera quelque chose entre eux) est mignonne comme tout et pas quétaine, contrairement à celle de Wicked Highlander de Donna Grant. Si vous êtes facilement choqué, ce n’est peut-être pas pour vous, car il y a quelques passages torrides bien ancrés…

Des points faibles? L’écriture de l’auteure. J’ai adoré l’histoire, mais comme texte, c’est un peu bof. C’est très haché, cru et extrêmement répétitif. Les adjectifs pullulent, et je ne sais plus combien de fois elle parle des vêtements de Mac. Oui, l’importance du physique de Mac, jeune fille légère et « arc-en-ciel », devait être soulignée, mais quand on souligne et qu’on met en gras et en majuscules, c’est trop. À mon avis, un bon éditeur aurait fait un ménage là-dedans.

Un petit mot sur la traduction de Cécile Desthuilliers : Bravo! Souvent, je suis déçue des traductions françaises des livres américains, car certaines réalités nord-américaines sont complètement perdues (par exemple, certains livres traduits de John Steinbeck ou de Mordecai Richler). Mais cette fois-ci, chapeau! La traduction est bonne, en français assez neutre, et comme j’ai lu les 4 premiers en français et le dernier en anglais, j’irai presque même jusqu’à dire que les versions françaises sont meilleures. L’écriture originale de Karen Marie Moning ne m’a pas du tout séduite. La traduction a amélioré l’enveloppe de l’histoire, à mon avis. Évidemment, ce n’est qu’une impression. Pour en être sûr, il faudrait comparer un des tomes anglais avec sa version traduite, mais j’ai quand même plus apprécié ma lecture en français, ce qui n’arrive pratiquement jamais avec des livres traduits.

Pour plus d’information sur l’auteure et ses livres, deux sites (en anglais)

http://www.karenmoning.com/kmm/

http://karenmariemoning.blogspot.com/

J’ai appris sur Internet qu’un roman graphique sur cette série devrait sortir bientôt et que, supposément, elle avait signé un contrat pour 3 autres livres. À suivre… Je ne serais pas surprise de voir un film dans la mêlée.

C’était un autre livre pour notre défi Kiltissime!

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Paresse – Pascal Girard

Pascal GIRARD (2008)

La Pastèque

108 pages

108 pages de petites scènes de la vie quotidienne, à raison de deux bandes dessinées de quatre vignettes par page. De petites tranches de la vie de Pascal et de Julie, deux jeunes adultes d’environ 25 ans. Pascal, l’alter ego de l’auteur, est illustrateur et travaille de la maison, ou plutôt, il essaie de travailler. Entre épier la voisine nudiste et caresser ses chats (Betty et Hulot) très exigeants, le travail n’avance pas vite…

Je pense avoir le sens de l’humour et j’aime rire, mais lorsque je lis, je ris rarement à voix haute. Eh bien, j’ai ri à haute voix ici. La plupart des petites histoires sont mignonnes et sympathiques, certaines sont vraiment tordantes, et les jeunes couples s’y reconnaîtront (mon amoureux et moi avons vécu une scène pas mal semblable à une des bandes dessinées, mais avec des céréales… Pour le voir, cliquez ici, puis choisissez « feuilleter le livre » et allez à la deuxième bande dessinée de la page 11.)

Si vous aimez les chats, les illustrations de Michel Rabagliati ou de Guy Delisle, vous aimerez cet album de Pascal Girard, dans lequel le Paul de Rabagliati fait une petite apparition…

Un autre merveilleux livre des éditions La Pastèque.

Le blogue de Pascal Girard est ici, mais il ne semble pas être mis à jour souvent.

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L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

Maggie O’FARRELL (2008)

Belfond

232 pages

(version d’origine: The Vanishing Act of Esme Lennox – 2007)

Iris est une jeune femme indépendante qui est propriétaire d’une friperie à Édimbourg. Elle entretient une relation avec un homme marié et une autre un peu spéciale avec son frère adoptif, Alex. En surface, sa vie semble bien aller, mais dès les premières pages, on sent qu’Iris a peu le vague à l’âme. Un bon jour, elle reçoit un appel de l’hôpital psychiatrique de Cauldstone (inspiré du réel asile Craig House) qui doit bientôt fermer ses portes. Comme elle est la seule parente saine d’esprit d’une patiente âgée, Esme, elle devait être contactée. Iris n’a jamais entendu parler de cette grand-tante, la soeur de sa grand-mère Kitty qui habite en foyer et qui souffre d’Alzheimer. Iris se dit qu’elle ne devrait pas s’impliquer, mais elle se présente quand même à l’hôpital et dès ce moment, le destin des deux femmes sera lié.

Entre les chapitres qui se déroulent dans l’Édimbourg contemporain, il y a des retours en arrière dans l’Inde coloniale des années 30 où les Lennox, des gens de la haute société, habitent avec leurs deux filles, Esme et Kitty, et leur nouveau poupon, Hugo. Esme et Kitty ne pourraient pas être plus différentes: Kitty est rangée et obéissante, veut se marier et imiter sa mère. Esme est un esprit libre. Elle oublie toujours quelque chose, elle tombe dans la lune, elle aime danser. Un bon après-midi, un événement tragique surviendra qui changera la vie de la famille. Après ce jour, rien ne sera plus pareil pour la famille, et le destin d’Esme sera changé à jamais.

Mon avis: J’ai tout aimé de ce livre: l’histoire, les personnages, l’écriture, la forme, l’ambiance. Je me suis vraiment attachée à Iris, cette jeune femme moderne un peu intemporelle et perdue  qui semble trouver un sens quelconque à sa vie lorsqu’elle rencontre Esme et commence à en prendre soin. Même si leur relation n’est pas facile, les femmes créent un lien dès leur rencontre, et Iris semble reconnaître en Esme ce qu’on appelle en anglais un « kindred spirit », une âme qui lui ressemble. Petit à petit, au fil des dévoilements, Iris découvrira pourquoi Esme était internée à Cauldstone depuis 61 ans…

L’écriture de l’auteure, même à travers la traduction, a vraiment réussi à me toucher. Je ressentais la douleur d’Esme et le vague à l’âme d’Iris. Tout est en douceur et en finesse, malgré certains thèmes assez sombres comme l’internement d’une personne saine d’esprit ou une relation quasi incestueuse qui réussit à ne pas nous sembler malsaine. Certains passages sont complètement déchirants, comme celui de la page 206 de mon édition.

Un vrai coup de coeur pour moi. Merci à Lou d’en avoir parlé lors du défi Kiltissime! C’est certain que je lirai les autres livres de Maggie O’Farrell.

Conseil: Si vous lisez ce livre, portez attention aux passages qui commencent par des points de suspension. C’est les pensées qui vont et viennent de Kitty, qui souffre d’Alzheimer. Je ne vous dévoile rien en disant ceci, et vous pourrez comprendre l’histoire un peu plus en sachant cela.

Pour écouter une entrevue de 54 minutes avec l’auteure, cliquez ici. L’entrevue a eu lieu dans le cadre de l’excellente émission de radio de la CBC Writers & Company, un incontournable pour tout amateur de littérature. Même si l’idée d’écouter 54 minutes ne vous dit rien, écoutez du moins la présentation par l’intervieweuse. Ses présentations sont toujours excellentes et donnent une belle revue de la vie et de la carrière de l’auteure. Durant cette entrevue, qui parle surtout de L’Étrange disparition d’Esme Lennox et de Cette main qui a pris la mienne, vous en apprendrez plus sur la vie et le parcours d’O’Farrell et vous entendrez son rire contagieux.

Voici un autre lien pour télécharger l’entrevue en Mp3, par exemple, et la mettre sur votre lecteur. Et un autre, au cas où.

Le site officiel assez bien fourni de l’auteure.

Lou et Martine ont toutes deux parlé en bien de ce livre. Cliquez sur leur nom pour voir leur critique.

Ce livre a été lu dans le cadre de notre défi C’est Kiltissime!

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Classé dans O'Farrell Maggie

Les Carnivores infidèles – Catherine Lefebvre

Catherine LEFEBVRE (2011)

Les Éditions Cardinal

178 pages

J’ai beaucoup de livres de recettes. Sûrement trop. Depuis quelque temps, pour éviter de les empiler ou de faire trop d’achats inutiles, j’essaie de limiter mes achats. Je sais que certains livres sont des valeurs sûres, comme ceux de Jamie Oliver, mais après quelques mésaventures (Soupesoup, par exemple), je teste maintenant les livres de recettes qui m’intéressent en les empruntant à la bibliothèque. Honnêtement, la plupart ne passent pas le test. Mais de temps en temps, un livre se démarque, et c’est le cas du dernier que j’ai emprunté, Les Carnivores infidèles de Catherine Lefebvre.

Les Carnivores infidèles (titre craquant) contient 60 recettes végétariennes « pour tromper votre boucher », c’est-à-dire des recettes végétariennes intéressantes même pour les carnivores. L’auteure, Catherine Lefebvre, une nutritionniste, a rassemblé des collaborateurs pour créer ce petit livre des plus intéressant.

LES POINTS FORTS

LES RECETTES

J’ai essayé trois recettes et toutes les fois, ce fut un grand succès, ce qui est le plus important avec un livre de recettes, j’imagine!

J’ai essayé « le chèvre de monsieur poivron », un poivron farci de lentilles, de chèvre et de fines herbes. J’aime beaucoup les poivrons farcis et j’en ai fait des dizaines de variations, mais jamais je n’avais essayé d’y mettre des lentilles. Belle découverte.

J’ai aussi essayé le « gin tofu », un tofu mariné, passé dans les graines de sésame et poêlé. Le résultat n’était pas aussi beau que celui de la photo, mais c’était délicieux. Même mon GG très carnivore a apprécié et il a mangé les restes le lendemain midi.

Enfin, j’ai fait le « potage en hommage aux roux ». J’ai changé la citrouille pour une courge et les haricots blancs pour des lentilles rouges, et ce fut super. Enfin une soupe à la courge aux assaisonnements bien dosés.

Les recettes sont faciles et originales, et la plupart exigent peu d’ingrédients. De plus, l’auteure et ses collaborateurs s’en tiennent à de « vrais » ingrédients. Ils utilisent le tofu, mais ils ont exclu les « fausses viandes », comme le tempeh ou du seitan. Sage décision, car ces aliments ne plairaient sûrement pas aux carnivores purs et durs et de plus, ils sont durs à trouver, voire impossibles à trouver, hors des grands centres.

LA MISE EN PAGE, LES PHOTOS, LE PAPIER, LES INFOS NUTRITIVES

Enfin un livre qui a un look différent! Le papier et les photos ne sont pas glacés, et j’adore. Ça ressemble aux livres anglais de Jamie Oliver. Les quelques pages d’infos nutritives, comme celle-ci, sont amusantes, bien faites et simples. C’est intéressant à lire.

LES POINTS FAIBLES

LA DIVISION DES CHAPITRES

À mon avis, la division des chapitres n’apporte rien et porte même à confusion: Le « comfort food » est dans le pré; Il (sic) n’y verront que du feu; Les p’tits moineaux; Carnivores d’occasion; « Grano all-star ». Les titres des recettes sont rigolos et ça, ça ne me dérange pas (lasagne pour frileux; pas de steak, blé d’inde, patates; bordel de wok, etc.), mais pour ce qui est des catégories, tant qu’à avoir quelque chose de ce genre, aussi bien ne rien avoir. De toute façon, le livre ne contient que 60 recettes, alors il est facile et rapide à survoler.

LES LENTILLES

J’aime les lentilles et je sais que c’est une légumineuse facile et rapide à cuisiner, mais 7 recettes sur 60 contiennent des lentilles, donc plus de 10%, et je trouve que ça fait beaucoup. J’ai eu l’impression que c’était l’ingrédient principal du livre. J’ai une amie carnivore qui adore les légumineuses et les repas végés, mais elle est intolérante aux lentilles. J’ai l’impression que ce livre l’emballerait, mais le nombre de recettes aux lentilles lui fera peur.

LES ERREURS D’INATTENTION

Le livre, comme la plupart des livres, avouons-le, contient de petites erreurs qui auraient pu être corrigées avec une révision plus rigoureuse. Par exemple, dans la table des matières, c’est écrit: « Il n’y verront que du feu ». Il manque un S, les amis. C’est sûrement une coquille, mais quand elle est dans les premières pages, c’est dommage. Aussi, j’ai trouvé que quelques recettes manquaient un peu de clarté, comme cette recette de tofu (qui a l’air délicieuse!)

Si je vous dis:

1. Dans un sac refermable, mettre le tofu et tous les ingrédients de la marinade.

2. Laisser mariner au frigo pendant 2 heures.

3. Dans un poêlon, chauffer l’huile et dorer le tofu de chaque côté.

4. Ajouter la marinade et laisser réduire à feu doux pendant 15 minutes.

5. Napper les morceaux de tofu de marinade réduite et servir avec les légumes de votre choix […]

À votre avis, entre l’étape 3 et les étapes 4-5, manque-t-il quelque chose? Après avoir fait dorer le tofu, il faut l’ôter du poêlon, faire réduire la marinade, puis napper le tofu? Ou bien on fait réduire la marinade avec le tofu toujours dans le poêlon? Entre vous et moi, ce n’est pas bien grave. Je suis sûre que le résultat sera pas mal le même, mais ça manque un peu de rigueur et ça peut embêter les cuistots débutants.

MON VERDICT

Malgré certains petits détails qui me dérangent, ce livre est quand même un gros coup de coeur et se démarque vraiment des derniers livres de recettes que j’ai feuilletés. Il est original, la mise en page est belle, les recettes sont faciles et surtout, elles sont délicieuses. Ce livre s’en va directement sur ma liste de livres à acheter.

Pour plus d’informations:

Le site web de l’auteure avec des renseignements sur le livre, son blogue, etc.

La page Facebook du livre

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Jane Eyre – Charlotte Brontë

Charlotte Brontë (cette édition 1992 – première édition 1847)

Wordsworth Classics

548 pages

J’avais adoré Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent en version traduite) d’Emily Brontë. Je ne m’attendais pas à adorer Jane Eyre. Je me disais que c’était assez improbable que deux sœurs aient le même talent ou je pensais que ce livre-ci serait une copie du premier, qu’il tiendrait sa notoriété du fait de la vie tragique de la famille, etc. Eh bien, honte à moi, femme de peu de foi. J’ai a-d-o-r-é. Je l’ai à peine terminé que j’aimerais le relire. Je veux voir le dernier film, des documentaires, lire sur l’auteure, sur ses sœurs, lire leur oeuvre, tout!

Pour tomber dans la comparaison facile, ce que d’autres ont sûrement déjà fait (en fait, il doit même exister des thèses de doctorat sur le sujet), je peux dire qu’après deux Brontë et quatre Austen, je préfère les livres des premières. Les histoires, même si elles décrivent un peu les mêmes sociétés et les mêmes enjeux, sont beaucoup plus noires. Gothiques? Du moins, elles me semblent pas mal plus substantielles et originales, même si j’aime quand même beaucoup l’humour des livres d’Austen.

Revenons au livre. Jane Eyre, jeune orpheline, va vivre chez sa tante maternelle. Sa tante et ses cousins la traitent comme un fardeau, une moins que rien. Après quelques épisodes d’humeur (c’est que la jeune Jane ne s’en laisse pas toujours imposer), on l’envoie à Lowood, une affreuse pension où Jane sera éduquée et se fera des amies, malgré la dure vie. À sa majorité, elle enseignera à Lowood deux ans avant de mettre une petite annonce dans le journal (c’est vous dire qu’elle était avant-gardiste) et de se trouver un poste de gouvernante à Thornfield pour la jeune Adèle, pupille de M. Rochester, propriétaire des lieux. Entre eux deux, une histoire se développera, mais ce ne sera pas de tout repos. Je m’arrête ici, pour ne pas dévoiler la fin.

Par où commencer? Par dire que je connaissais cette oeuvre de nom, mais que je ne connaissais pas du tout l’histoire. J’ai tout aimé de ce livre. J’ai aimé la description de la société anglaise de l’époque, de l’éducation, du rôle des hommes et des femmes, des régions, de la religion, etc. J’ai adoré que Jane, malgré son statut d’orpheline, ne soit pas qu’une victime. Dès les premières pages du livre, on découvre une fille forte et têtue qui n’a pas peur de parler haut et de dire ce qu’elle pense, que ce soit à sa tante, à son maître ou au révérend. J’ai adoré l’histoire d’amour tellement pas mièvre entre Jane et Rochester. J’ai adoré l’indépendance de Jane durant son exil, sa fidélité et ses principes. J’ai été vraiment impressionnée par le sang-froid et l’indépendance de Jane, deux qualités sûrement peu féminines et usitées à l’époque. C’est probablement une des raisons qui a poussé Charlotte Brontë à faire publier son livre sous le pseudonyme de Curer Bell. Enfin, sur une note plus légère, j’ai beaucoup apprécié que tout le français qui se retrouve dans le texte soit exempt de fautes! Souvent, dans des livres écrits en anglais, le français qui y est inséré n’est jamais révisé et il y a toujours des erreurs. Tellement peu professionnel, à mon avis.

Là où le bât blesse, c’est que Brontë, comme sa soeur et les autres auteurs de l’époque, semble vouloir parfois trop en mettre, ou plutôt tout mettre, comme pour étaler ses connaissances. Dans ce livre-ci, c’était le français et la religion (le père des Brontë était révérend). Ce n’est pas inintéressant, mais ce n’est pas non plus toujours pertinent. Ce n’est tout de fois pas désagréable. On lit quelques paragraphes plus rapidement que d’autres…

Je crois qu’on peut lire Jane Eyre sans connaître grand-chose de l’histoire de Brontë, comme moi, mais l’histoire devient des plus intéressante quand on connaît un peu la biographie de la famille. Charlotte Brontë et ses soeurs ont passé quelque temps dans une pension comme Lowood, où elles ont acquis une éducation, mais où deux des leurs sont mortes, et ces morts ont énormément affecté les soeurs (ressemblance avec Helen Burns dans le livre).  Charlotte, comme Jane Eyre, a aussi travaillé comme gouvernante, elle rêvait d’être institutrice et a même étudié en Belgique sous un maître qui ressemble étrangement à M. Rochester.

Si vous avez une liseuse, les œuvres des Brontë sont toutes offertes gratuitement à divers endroits sur le Web. Je pense entre autres au projet Gutenberg, où vous pouvez les télécharger en français ou en anglais. C’est ici. Ou à ebooksgratuits, ici. Pour s’amuser sur un blogue (français) consacré aux soeurs Brontë, c’est. Pour un blogue en anglais, tout aussi intéressant, allez là.

Ce livre était le premier du Défi La Plume au féminin. Avant de poursuivre avec un autre roman, je vais lire la vieille biographie des soeurs Brontë qui traîne ici depuis des années: La vie passionnée des Brontë de Jeanne Bluteau.

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Classé dans Brontë Charlotte, Défis littéraires

Tamara Drewe – Posy Simmonds

Posy SIMMONDS (2008)

Denoël Graphic

134 pages

Je ne connais pas grand-chose aux bédés, mais quand je trouve des histoires qui m’accrochent, j’adore ce genre de littérature. L’autre jour, une amie m’a refilé quelques titres, et je suis allée les chercher à ma bibliothèque locale. Celui qui m’a attirée en premier, c’est Tamara Drewe, surtout parce que ça se passe dans la campagne anglaise, et que j’ai un faible pour la campagne anglaise…

En campagne, à environ 100 km de Londres, Beth Hardiman s’occupe de Stonefield, une retraite pour écrivains. Dans sa belle grande maison de ferme ancestrale et dans quelques pavillons des visiteurs viennent s’installer des auteurs qui désirent écrire, trouver la muse, se faire dorloter, etc. Le décor est superbe, Beth est une maîtresse de maison parfaite, mais tout n’est pas rose à la campagne… Il y a Nicholas, mari de Beth et auteur à succès, un trompeur en série, et Glen, un professeur américain un peu impoli et paresseux qui essaie de finir un livre commencé il y a des années. Il y a le beau Andy, le bon gars qui s’occupe du jardin et des animaux, et les jeunes ados blasés du coin. Puis, il y a Tamara Drewe, jeune femme originaire de là habitant maintenant Londres, qui revient dans la maison familiale qui se situe à côté de celle des Hardiman.

J’ai adoré ce roman illustré! Ce qui m’a attirée d’abord était le contexte anglais, mais j’ai adoré l’histoire, les intrigues, les illustrations, etc. Tout, quoi! Ce qui semble au départ être un portrait bucolique de la campagne anglaise et des gens qui y vivent finit par être un portrait plutôt cru et ironique, même un peu noir.

Tamara Drewe serait librement inspiré du livre de Thomas Hardy, romancier anglais du XIXe siècle, Loin de la foule déchaînée (Far from the Madding Crowd, en version originale). (Isa, ma copine qui aime Hardy, tu connais?)

Voici un exemple de la mise en page/illustrations:

Posy Simmonds est une auteure et illustratrice anglaise. Elle a écrit des livres pour enfants et quelques romans illustrés du genre Tamara Drewe, dont Gemma Bovary, librement inspiré de Madame Bovary. Wikipédia a une bonne page française sur l’auteure, ici. Son roman illustré Tamara Drewe a tout d’abord paru dans le quotidien anglais The Guardian. Si vous lisez l’anglais, vous pouvez le lire en ligne, et c’est là.

En 2010, le livre a été adapté au grand écran par Stephen Frears (The Queen, quand même!) Dès que j’ai fini le roman, mon chum et moi l’avons loué, et ce fut du bonbon. Très agréable à regarder, comique, bien joué. Mon copain, qui n’a pas lu la bédé, m’a dit: « Ils ont ajouté des trucs, hein? Impossible qu’une bédé de 134 pages ait autant de rebondissements. » Eh bien, non, ils n’ont rien ajouté. Ils ont même coupé des trucs! C’est hallucinant toute l’information que Posy Simmonds réussit à transmettre dans son oeuvre.

Si vous voulez voir la bande annonce sous-titrée du film, voici une vidéo.

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J’ai de mauvaises nouvelles pour vous – Suzanne Myre

Suzanne Myre (2001)

Marchand de feuilles

169 pages

Ça y est, je suis accro. Voici un autre recueil extraordinaire! Le premier que j’ai lu, Nouvelles d’autres mères, s’intéressait surtout aux relations mère-fille, tandis que celui-ci a pour thème central les relations fille-gars. À se tordre de rire! Myre n’écrit pas seulement au je féminin, elle prend parfois la parole en tant qu’homme et elle semble assez juste. Son humour est cynique et tellement drôle. Nous avons ici 12 nouvelles, dont une de 80 pages dans laquelle elle raconte la semaine de vacances d’une nouvelle célibataire dans les Cantons-de-l’Est. C’est délicieux! Dans son premier recueil, il y avait aussi une nouvelle beaucoup plus longue que les autres (le voyage en Gaspésie) qui était très détaillée et absolument magnifique. Je ne sais que vous dire pour vous pousser à la lire. Si j’avais plein de sous, je vous l’enverrais à tous et à toutes! Ne passez pas à côté de cette auteure.

5/5

(critique d’origine – 2004)

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Nouvelles d’autres mères – Suzanne Myre

Suzanne Myre (2003)

Marchand de feuilles

166 pages

Ouah! J’ai souvent eu des réticences à propos des nouvelles. Elles ne sont vraiment pas mon style littéraire préféré, mais ici, j’ai été époustouflée. Elle sort d’où, cette femme? J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai aimé, j’en veux plus! Nous avons droit ici à 11 nouvelles, toutes ayant un thème commun, la famille et surtout les relations mère-fille. La nouvelle qui raconte le voyage en Gaspésie d’une mère et de sa fille de 20 ans est absolument épatante. J’en ai les larmes aux yeux encore juste à y penser. Les mots sont extrêmement justes dans ce recueil. Pas de style pédant, juste de l’émotion, du coeur, de l’humour. Je ne pourrai jamais assez vous le recommander.

Un 5/5

« Je suis restée figée quand Francis a bouclé bien serré la jupette entourant ma taille, une fois assise dans le kayak. J’ai craint une crise de claustrophobie abdominale » (p.63).

« Le Chinois fatigant m’a demandé de le photographier avec le rocher en fond. J’ai pensé le couper en le cadrant, mais je me suis rappelé que j’étais « trop fine » alors, j’ai assez bien fait ça en retenant mes pulsions destructrices et vengeresses. Il ne manquera que le rocher, mais s’il a du discernement, il sera d’accord avec moi qu’un beau fond bleu uni lui fait une meilleure tête » (p.72).

« Avant de cracher votre mère, assurez-vous d’y avoir au moins goûté » (p.103).

J’ai déjà en ma possession son premier recueil que je commencerai dès aujourd’hui

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Lauréate du Grand Prix littéraire Radio-Canada 2002, Suzanne Myre a fait une entrée remarquée dans l’univers des lettres québécoises. Après son recueil de nouvelles J’ai de mauvaises nouvelles pour vous, Nouvelles d’autres mères est son deuxième livre.

(critique d’origine – 2004)

MAJ 2011: Mon histoire d’amour (unidirectionnelle) avec Suzanne Myre s’est poursuivie. J’ai lu tous ses recueils de nouvelles et son roman, que je viens tout juste de terminer. Je la recommande encore à tout le monde.

Pour en savoir un peu plus, il y a le site de son éditeur Marchand de feuilles.

Pour l’entendre en entrevue chez Christiane Charette (elle est un peu hyperactive), c’est ici et c’est délectable.

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Le Grand Nulle Part – James Ellroy

ELLROY, James (1989)

Rivages/Noir

487 pages

Le brillant et jeune (et torturé) enquêteur Danny Upshaw essaie de faire des liens entre divers meurtres et tente de résoudre de mystérieux et horribles homicides commis sur de jeunes homosexuels dans le Los Angeles du début des années 50. Au fur et à mesure que l’enquête avance, d’autres aspects de l’histoire, apparemment anodins, viennent s’y greffer. On se retrouve avec une enquête qui couvre aussi la chasse aux communistes des années 50 dans le milieu du cinéma à Los Angeles.

Encore une fois, Ellroy réussit à nous embarquer. En plus d’une histoire policière extrêmement complexe et intéressante, nous avons droit, sans que ce soit laborieux, à un cours d’histoire et de sociologie. Vraiment génial! Et encore une fois, nous avons droit à une trame policière où le but premier n’est pas de nous chavirer avec de faux indices pour aboutir à une fin extraordinaire. C’est beaucoup plus. Certains passages sont plutôt brutaux (entre autres celui de l’autopsie sur le premier cadavre dont les yeux ont été arrachés), mais pour le reste, je n’ai rien à redire sinon une traduction française très argotique, encore une fois.

C’est très rare pour moi d’être aussi enthousiaste avec un polar. Vivement le troisième!

Ma note : 4.5/5

(critique d’origine – 2005)

MAJ 2011 – Je relis rarement des livres. Pas parce que l’envie n’est pas là, mais plutôt parce qu’il y a tant de choses que je veux lire. Mais en relisant mes critiques de James Ellroy, j’ai vraiment envie de replonger dans son univers, de terminer son oeuvre et de relire les livres déjà lus. À suivre.


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