Archives de Tag: coup de coeur

Eureka Street – Robert McLiam Wilson

Robert McLiam Wilson (1997)

Christian Bourgeois Éditeur

545 pages

(Version originale : Eureka Street, 1996)

MAJ 2012 : Ce livre, je l’ai lu lors d’un thème irlandais du Club des rats de Biblio-Net il y a plusieurs années. Il m’avait marquée et j’avais enchaîné d’autres McLiam Wilson par la suite. Depuis, je suis passée à autre chose et je l’avais un peu oublié, mais en ressortant ce billet, je me dis que j’aimerais continuer avec les livres que je n’ai pas encore lus. À mon avis, si vous n’avez que 2 Irlandais à lire pendant ce mois irlandais, c’est McLiam Wilson et Wilde. Foncez, vous ne le regretterez pas.

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Jake Jakson, 30 ans, vit à Belfast et n’en mène pas large depuis que Sarah l’a quitté pour déménager à Londres. Il passe son temps entre son travail (reprendre possession des biens que les pauvres de la ville n’ont pas réussi à payer) et les virées dans les pubs avec ses copains. C’est donc l’histoire de Jake qui essaie de survivre à sa vie pitoyable, mais c’est aussi l’histoire d’un groupe d’amis qui incarnent Belfast : des catholiques, un protestant qui s’inclut dans le cercle, une séparatiste extrémiste, etc. Tous les éléments de l’Irlande du Nord, les plus extrêmes comme les plus modérés, sont développés dans les divers personnages.

Quel livre! J’ai adoré le fait que McLiam Wilson ne tombe pas dans le misérabilisme. Il a réussi avec brio à nous faire découvrir sa ville et même à nous donner envie d’aller boire une pinte avec ses copains. Il a réussi à nous décrire les horreurs d’un conflit pour nous insensé tout en gardant un ton humoristique, ce qui détonne parfois, mais qui est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons laisser ce livre plus de quelques minutes.

En plus, j’adore les livres qui ouvrent avec une idée en toute première phrase (Toutes les histoires sont des histoires d’amour.) et qui réussissent à boucler la boucle avec succès à la fin (là, je ne vous donne pas la phrase, ça serait vous gâcher le plaisir).

Quel auteur! Ce livre est un petit trésor caché que je n’aurais sûrement jamais trouvé dans la mer des publications si le thème de la littérature irlandaise n’avait été proposé.

Lu au printemps 2006

[Quelques photos prises en Irlande du Nord en août 2008]

C’était un cinquième billet pour le mois irlandais ! Suivez-nous si l’île d’émeraude vous intéresse. Visitez les blogues des participantes pour trouver des idées de lectures et voir si on a tous la même opinion de ces auteurs… Cryssilda nous fait une super récap tous les jours !!

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Classé dans McLiam Wilson Robert

Le dernier des Iroquois – Joseph O’Connor

Joseph O’CONNOR (2000)

Phébus

269 pages

(v.o. Cowboys and Indians, 1991)

MAJ 2012: Pour me laisser un peu de temps pour respirer (ou pour tricher), je prends un vieux billet que j’avais écrit sur O’Connor sur le forum des rats de biblionet en 2006. J’avais adoré O’Connor à l’époque, et j’ai encore de très bons souvenirs. Je voudrais replonger dans son univers, mais je vais le faire après notre mois irlandais, pour me laisser un peu plus de temps. Donc, à l’époque, j’avais lu Inishowen, puis Le dernier des Iroquois. Mon côté organisationnel me pousse à vous parler du premier que j’ai lu, soit Inishowen, mais mon côté sentimental veut plutôt vous parler du Dernier des Iroquois, un vrai coup de coeur pour moi. Donc, voici mon vieux billet, mis à jour…

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Mon deuxième O’Connor et je tripe! J’ai tellement aimé Inishowen que je m’attendais à bien apprécier Le dernier des Iroquois, mais pas à le préférer au premier! J’ai adoré l’histoire de Eddie Virago, ce jeune Irlandais dans la vingtaine qui quitte son Dublin natal pour s’attaquer à Londres et devenir une vedette de punk.

Contrairement à d’autres, je ne crois pas du tout, qu’Eddie soit un vrai perdant ou un nul. C’est un jeune homme de la classe moyenne qui est intelligent et qui a fait des études, mais qui dans son coeur voudrait être rebelle (d’où son iroquois et son attrait pour le punk). Il a tellement peur de se révéler tel qu’il est qu’il invente des histoires pour se trouver intéressant, mais dans le fond, c’est un grand bébé qui ne veut qu’aimer et être aimé. C’est très touchant. Oui, il faudra bien qu’il grandisse un jour, qu’il arrête de dépendre des autres, mais ses rêves de jeune adulte et de révolution sont assez réalistes à mon avis et n’en font pas un perdant fini, mais un jeune un peu perdu qui se retrouvera, car il a tout le système derrière lui (famille, amis, études) et il le sait.

Un livre que j’ai adoré, qui m’a ramenée quelques années en arrière où je portais avec fierté mes Docs rouges.

Lu printemps 2006

[photo prise à Camden. Me semble qu’Eddie aurait aimé]

C’était un quatrième billet pour le mois irlandais ! Suivez-nous si l’île d’émeraude vous intéresse. Visitez les blogues des participantes pour trouver des idées de lectures et voir si on a tous la même opinion de ces auteurs… Cryssilda nous fait une super récap tous les jours !!

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Lady Windermere’s Fan – Oscar Wilde

Lady Windermere's Fan by Oscar Wilde

Pièce jouée en 1892 et publiée en 1893

Lu en version Kindle, alors combien de pages ? Sais pas…

(Traduction française : L’Éventail de Lady Windermere)

Ça y est, dernier coup de coeur en date. Comment ai-je fait pour vivre sans jamais avoir lu Wilde ? En quelques phrases, je suis devenue accro et je prévois déjà des heures de plaisir avec ses autres oeuvres, ses bios, tout ce qui se trouve dans le domaine public (j’ai un budget limité ces temps-ci…)

L’intrigue de L’Éventail de Lady Windermere se déroule pendant une journée/soirée. Lady Windermere, jeune aristocrate pure et morale qui vient d’avoir 21 ans, organise une fête. Son mari, Lord Windermere, veut absolument qu’elle invite une certaine Mrs Erlynne, une femme peu recommandable qui veut reprendre du gallon dans la société, mais Lady Windermere, qui a eu vent de rumeurs entre Mrs Erlynne et son mari, ne veut rien entendre et menace de faire un scandale si son mari l’invite. Ce qui doit arriver arrive, et Mrs Erlynne est quand même invitée à la fête. Lady Windermere, bouleversée, se laisse convaincre par Lord Darlington que son mariage n’est que poudre aux yeux et qu’elle devrait tout laisser pour le suivre, lui, car il l’aime vraiment. Lady Windermere écrit donc une lettre à son mari et va rejoindre Darlington chez lui.

Évidemment, comme dans toute bonne pièce avec quiproquo, rien n’est exactement comme il semble : Lord Windermere a une bonne raison pour traiter avec Mrs Erlynne, qui elle n’est pas aussi amorale qu’on peut le penser. À la fin, tous nos préjugés ou nos idées préconçues peuvent aussi bien s’appliquer à l’une ou à l’autre des femmes. Le bien et le mal ne sont pas si bien délimités et, en fait, l’histoire se termine avec le couple qui parle de la même femme, mais de deux façons bien différentes :

Lord Windermere, qui parle à Lord Augustus: Well, you are certainly marrying a very clever woman!

Lady Windermere: Ah, you’re marrying a very good woman!

Comme si l’histoire, le rythme et l’écriture n’étaient pas assez pour me faire baver de plaisir, il y a aussi des personnages secondaires aux répliques tordantes, comme la duchesse Berwick, qui dit blanc une minute et noir l’autre, dont la seule obsession est de marier sa fille Agatha au plus vite à un homme de la société qui vit en Australie et à qui elle dit : « It must be so pretty with all the dear little kangaroos flying about. » Ouaip. les kangourous, ça vole… Il y a aussi les hommes autour de Lord Windermere, tous marrants, comme Cecil Graham qui a toujours la phrase pour faire rire : « Now, Tuppy, you’ve lost your figure and you’ve lost your character. Don’t lose your temper; you have only got one. » Ou encore : « My dear fellow, what on earth should we men do going about with purity and innocence ? A carefully thought-out buttonhole is much more effective. »

Bref, un pur moment de plaisir! Vive Oscar Wilde!

Petit supplément amusant

Saviez-vous qu’il existe un syndrome Lady Windermere ? Cette infection pulmonaire a différents symptômes dont possiblement des crachats sanguins. Alors, quand dans la pièce Lady Windermere dit : « How do you do, Lord Darlington. No, I can’t shake hands with you. My hands are all wet with the roses », c’est qu’elle aurait craché du sang… Mais cette hypothèse aurait été réfutée, et on dit que Lady Windermere aurait littéralement eu les mains dans l’eau de son pot de roses, et non les mains tachées de rose…

C’était un deuxième billet pour le mois irlandais ! Suivez-nous si l’île d’émeraude vous intéresse. Visitez les blogues des participantes pour trouver des idées de lectures et voir si on a tous la même opinion de ces auteurs… Cryssilda nous fait une super récap tous les jours !!

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L’Homme de Lewis – Peter May

L'homme de Lewis

L’Homme de Lewis

Rouergue

315 pages

Histoire de faire (un peu) changement, j’ai lâché Rebus quelques jours pour prendre L’Homme de Lewis de Peter May. La coupure n’était pas trop brusque : je reste encore Écosse (mais je me déplace sur une île) et j’accompagne toujours un flic à problèmes (mais il semble moins paumé que Rebus). Bon, finalement, je n’ai pas changé de registre tant que ça…

Blague à part, j’ai pris ce livre parce que ma copine Cryssilda avait parlé de l’auteur avec grand bien. Malheureusement, le premier tome, Blackhouse (L’Île des chasseurs d’oiseaux), n’était pas à la biblio, alors j’ai pris le deuxième. Cryss dit que le premier est meilleur, mais ne pas l’avoir lu ne semble pas avoir dérangé ma lecture ni mon appréciation du deuxième. Tant mieux.

Ce livre commence avec Fin Macleod, ancien policier, qui retourne sur l’île de Lewis, là où il est né et où il a grandi. Il y retourne un peu pour repartir à zéro, car son divorce vient d’être prononcé. C’est que son couple n’a pas survécu à la mort de son fils (je ne révèle rien, ça commence comme ça). Mais le problème, c’est que Fin ne repartira pas vraiment à zéro sur l’île, car là-bas, il y a Marsaili, son amour de jeunesse, celle qui lui a glissé entre les doigts. Entre eux, c’est évident qu’il reste des trucs non achevés. De plus, on vient de retrouver un homme des tourbières (ça existe pour vrai, c’est assez spécial, disons), et Fin sera impliqué malgré lui dans l’enquête et dans l’histoire.

À mon avis, c’est un excellent livre. L’enquête en tant que telle m’a divertie et je l’ai trouvée originale. De plus, l’écriture de l’auteur (ou du traducteur, ici ?) était superbe, autant pour la forme que le contenu. Les passages entourant le père de Marsaili qui souffre maintenant d’Alzheimer sont un peu rudes et crus, mais semblent si authentiques. Et les passages parlant du vent, qui sont nombreux parce que le vent est pratiquement un personnage, sont tellement réalistes qu’on peut presque le sentir:

Il acquiesça et le vent vint combler le silence qui s’installa entre eux. Il soufflait sur les herbes, projetait la mer contre les rochers des falaises au nord, portait jusqu’à eux les cris des mouettes qui luttaient pour en dompter les rafales et les courants. Il fouettait sans pitié Fin et Marsaili debout au sommet de la falaise, tirait sur leurs vêtements, s’engouffrait dans leurs bouches lorsqu’ils parlaient, emportant leurs mots au loin.

Une photo prise en Écosse en juillet 2010. Nous sommes sur le continent, mais à la même auteur que Lewis. Il ventait à écorner les boeufs. Le vent s’engouffrait dans nos pantalons, faisait danser nos cheveux, nous poussait. Il fallait se tenir pour ne pas décoller…

Une plage probablement semblable à celles décrites dans le livre

Merci à mon amie Cryssilda pour la découverte !

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Paul au parc – Michel Rabagliati

Michel RABAGLIATI (2011)

la Pastèque (j’adooooore cette maison d’édition!)

143 pages

Le dernier Paul est sorti il y a quelques mois. Le Québec trépigne toujours d’impatience à l’annonce de ces sorties. C’est que Michel Rabagliati et son alter ego, Paul, sont des chouchous de la province au grand complet, je pense. L’auteur, à travers ses histoires et ses illustrations, réussit à nous ramener dans un passé pas si loin dont on se souvient tous et à dépeindre la réalité telle qu’elle est, donc pas toute rose mais avec une sensibilité hors du commun. Je ne compte plus les fois où j’ai pleuré comme une Madeleine en lisant un de ces albums. Et pleurer en lisant des bédés, faut le faire. (Conseil: éviter de le faire dans l’autobus. Ça paraît mal.)

Dans Paul au parc, nous sommes au Québec en 1970, dans les années du FLQ. Notre jeune Paul est alors âgé d’une dizaine d’années. Comme beaucoup de garçons de son âge, il s’amuse encore à des jeux innocents (cerf-volant, dessin), il se rapproche d’une jeune fille qui lui volera son premier baiser et pour avoir quelque chose à faire, il s’inscrit dans les Louveteaux (le gros du livre). Il y apprendra ce que signifient l’amitié et la loyauté, il saura vaincre ses peurs et, malheureusement, il vivra une peine accablante. (Les six illustrations finales sont déchirantes.)

J’adore Michel Rabagliati d’amour. Pour moi, il ne peut rien faire de mal. Quand je pense à lui ou à ses Paul, je ne peux m’empêcher de repenser au Festival Metropolis Bleu, un festival de littérature pour lequel j’ai été bénévole pendant 3 ans. Une année, une de mes tâches était de prendre les billets à l’entrée d’une petite séance de dédicace du bédéiste. Vigilante, je prenais les billets à l’entrée jusqu’à ce qu’un homme arrive sans billet. Gentiment, je lui ai dit que tous les billets étaient vendus. Pour me faire répondre qu’il était l’auteur. J’aurais voulu que le plancher m’engloutisse. Je me suis confondue en excuses et encore aujourd’hui, chaque fois que j’entends le nom de l’auteur, j’y pense. C’est idiot: j’avais tout lu de lui, mais jamais, je n’avais vu son visage.

Ne boudez pas votre plaisir. Lisez un des Paul, n’importe lequel. Je suis certaine que vous serez sous le charme.

Paul au Parc

Exemple d’illustration de Paul au Parc tiré de L’Actualité en ligne.

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No Name – Wilkie Collins

Wilkie Collins (1991 – V.O. 1862-1863)

Oxford University Press – World’s Classics

553 pages

Cet été, sur la blogosphère, une lecture commune de No Name de Wilkie Collins se promenait. Comme je voulais retenter cet auteur après un premier essai mitigé avec Pierre de lune, je me suis lancée. Puis, la plateforme où devait avoir lieu cet échange a été piratée, et tout est devenu un peu plus compliqué, alors j’ai remis ma fin de lecture, et me voici, plusieurs mois plus tard, pas fière du retard accumulé, mais très heureuse par ce deuxième essai qui m’a enchantée. Tout n’est peut-être pas fini entre M. Collins et moi…

Le résumé (Attention, révélations)

Magdalen et Norah Vanstone viennent d’une famille heureuse et sont deux jeunes femmes libres et épanouies. Jusqu’à ce que la mort de leurs parents, l’un après l’autre, les laisse orphelines. En temps normal, les deux jeunes femmes auraient dû hériter de tout, mais un secret familial bien gardé sera le malheur des filles: leurs parents n’étaient pas mariés à leur naissance, alors légalement, tout revient au parent le plus proche de M. Vanstone, son frère qui le déteste. Informés de ce problème potentiel peu avant leur mort, les Vanstone essaient de régler le tout, mais le malheur survient avant qu’ils puissent le faire. Magdalen et Norah deviennent alors « les enfants de personne » (nobody’s children – ces mots m’ont fait pleurer) et devront trimer dur pour survivre. Norah suivra Mrs Garth, la gouvernante, pour devenir elle-même gouvernante, mais Magdalen, qui n’accepte pas du tout son lot, fera tout en son possible et usera de duperies pour regagner cet héritage qui est le sien.

Mon avis

J’ai adoré cette lecture.  J’ai tout à fait embarqué dans cette histoire que je trouvais tout à fait déchirante, celle de deux soeurs qui par une erreur administrative et les règles d’un monde mené par les hommes perdent tout du jour au lendemain. Je comprenais tout à fait Magdalen de vouloir se venger et de tout faire pour y arriver. Ce qui m’a surprise, en fait, c’est que Wilkie Collins mette en scène un personnage féminin si fort et moderne pour l’époque, car apparemment que M. Collins avait quelques tendances misogynes. Bon, on peut dire que Magdalen paiera pour ses tromperies, mais elle finira quand même vainqueur à la toute fin.

Certains lecteurs ont trouvé le temps un peu long en lisant ce livre, et je peux comprendre. Il y a beaucoup de descriptions, mais étrangement, cette fois, ça a marché pour moi. Je les trouvais excellentes et je m’imaginais tout à fait la scène, les personnages ou les lieux, comme cette description de Vauxhall Walk à l’époque:

The network of dismal streets stretching over the surrounding neighbourhood contains a population for the most part of the poorer order. In the thoroughfares where shops abound, the sordid struggle with poverty shows itself unreservedly on the filthy pavement; gathers its forces through the week; and, strengthening to a tumult on Saturday night, sees the Sunday morning dawn in murky gaslight. Miserable women, whose faces never smile, hauntthe butchers’ shops in such London localities as these, with relics of the men’s wages saved from the public-house, clutched fast in their hands, with eyes that devour the meat they dare not buy, with eager fingers that touch it covetously, as the fingers of their richer sisters touch a precious stone. »

J’ai souvent ri des éléments très victoriens, comme le fait que 2 personnes dans la même maison s’écrivent au lieu de se parler de vive voix, ou d’autres extraits comme:

« Go on, my dear. What’s the next question? Come to the point! » She was far too genuine a woman to do anything of the sort. She skirted round the point […]

Forgetting all other anxieties in the anxiety to cheer him, she gently pressed the hand he gave her. « If that won’t tell him the truth, » she thought, « nothing will. » (C’est que Magdalen pensait pouvoir dire à Kirke, en pressant sa main, qu’elle l’aimait…)

Un autre exemple qui a sûrement choqué la galerie de l’époque:

Her voice faltered softly, and she put the lock of hair, with a languid gentleness, to her lips. It fell from her fingers into her bosom. A lovely tinge of colour rose on her cheeks, and spread downward to her neck, as if it followed the falling her.

Et comment ne pas aimer le clin d’oeil au Québec:

« Some months after Andrew’s arrival with his regiment at Quebec […] »

Apparemment que le 8 janvier est le 188e anniversaire de Wilkie! Ce billet tombe à point! Pour lire d’autres billets sur cet auteur, ou d’autres billets anglais, visitez la page récapitulative du mois anglais. C’est ici.

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Dr Jekyll & Mr Hyde and Other Strange Tales – Robert Louis Stevenson

Robert Louis STEVENSON (2009 – cette édition; original – 1886)

Arcturus

238 pages

 

Je sais, notre défi C’est Kiltissime est fini depuis longtemps, mais je n’avais pas encore pris le temps d’écrire mon dernier billet. Alors, pour boucler la boucle avant Noël, je termine avec un classique que je n’avais jamais lu. Pourtant, il fait tellement partie de l’imagination populaire que j’avais l’impression de le connaître. Malgré tout, j’ai quand même eu quelques bonnes surprises, comme le fait que cette histoire est une nouvelle plutôt qu’un roman: dans mon édition, elle ne fait que 70 pages.

L’histoire en quelques mots (Attention, révélations si vous ne l’avez jamais lu, car je commence par la fin…)

Le bon Dr Jekyll, qui cache depuis toujours au fond de lui un penchant pour le vice, penchant très mal vu dans la bonne société, décide de mettre au point une potion qui lui permettra de changer d’apparence quand il voudra se livrer à ses activités malsaines. Au début, tout va bien. Il se transforme quand il le désire seulement et son alter ego, Mr Hyde, n’est pas bien fort, car le côté « gentil » du Dr Jekyll dépasse largement son côté « vilain ». Mais après quelque temps, la balance des forces changera, et c’est Mr Hyde qui deviendra plus puissant, à un point tel que le Dr Jekyll ne pourra plus contrôler les transformations.

Pendant que le Dr Jekyll est tiraillé entre le bien et le mal, on suit aussi le quotidien de Mr Utterson, avocat et ami du Dr Jekyll, et du Dr Lanyon, collègue du Dr Jekyll qui a mis fin à leurs fréquentations à cause de différentes philosophies. C’est à travers ses deux hommes et les différentes horreurs qui commencent à se dérouler dans le quartier qu’on pourra recoller les morceaux de cet étrange casse-tête.

Mon avis

J’ai beaucoup beaucoup aimé. Je m’attendais à trouver quelque chose que je connaissais, mais dans le fond, je me rends compte que ce n’était pas vraiment le cas. J’ai trouvé le crescendo du suspense excellent, aucun moment ennuyeux, toujours bien rythmé. Évidemment, la dualité entre le bien et le mal est soulignée et mise en gras, mais j’ai quand même beaucoup apprécié. Les descriptions des horreurs que perpétue Mr Hyde sont ténues, mais les transformations du Dr Jekyll en Mr Hyde sont très très bien décrites. Tout ça m’a beaucoup plus plu que n’importe quelle adaptation que j’aie pu voir.

C’est 2 en 2 pour moi et Stevenson! Après L’Île au trésor, que j’ai beaucoup aimé, il a su me séduire avec Dr Jekyll & Mr Hyde. 

L’avis de Karine qui a aussi lu la même édition que moi, c’est-à-dire un recueil contenant cette histoire et d’autres nouvelles.

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Northanger Abbey – Jane Austen

Jane Austen (1994 – version d’origine 1818)

Penguin – Popular Classics

236 pages

Je ne suis pas la plus grande fan de Jane Austen. Je n’ai rien contre elle. J’ai même beaucoup aimé Orgueil et Préjugés et Raison et Sentiments, mais je n’ai pas réussi à terminer Persuasion ni Emma. Alors, en commençant Northanger Abbey, je ne savais pas d’avance de quel côté j’allais pencher. Eh bien, ce fut une lecture délectable! En fait, je pourrais presque dire que je l’ai préféré à Orgueil et Préjugés… Blasphème!

Catherine Morland, 17 ans, vit à la campagne avec sa famille. Ce sont des gens honnêtes et aimables qui ne veulent que le bien et le bonheur des autres. Ils sont humbles, sans être pauvres, ils trouvent leurs plaisirs dans les petites choses, ils sont un peu naïfs. Un jour, les Allen, leurs voisins sans enfants, décident d’aller passer quelques mois à Bath (la grande ville!) et invitent Catherine à se joindre à eux. Ainsi, elle pourra être présentée à la société et rencontrer d’autres jeunes personnes. Être socialisée, quoi, au lieu de courir dans les champs avec ses chiens.

Aux yeux de Catherine, Bath est magnifique. Tout est nouveau, les robes sont belles, les gens aussi. Après quelque temps, et sûrement pas grâce à sa chaperonne qui n’est pas vite vite, Catherine fera la connaissance d’Isabella Thorpe, qui deviendra vite son amie et confidente, ainsi que d’Henry Tilney, qui lui deviendra l’objet de ses rêves et de ses désirs. Quel ne sera pas son bonheur quand la famille Tilney l’invitera à venir rester quelques semaines à Northanger Abbey, la demeure familiale, avant de rentrer à Fullerton. Bien sûr, même si tout semble bien aller, il y aura intrigues et déceptions. La bonté et la naïveté de Catherine ne seront pas de taille à rivaliser avec les us et coutumes de la haute société, et la chute fera mal. On espère que la fin lui rendra justice…

Northanger Abbey est un roman d’apprentissage par excellence, et j’aime beaucoup ce genre de roman, alors ça partait bien: au début, la jeune Catherine est naïve et innocente, mais elle découvrira que tout le monde ne partage pas ses principes, même les personnes proches d’elle. Elle en subira les conséquences, on atteindra à son intégrité mais, bien sûr, elle sera blanchie à la fin. Elle aura alors mûri, elle aura découvert la vérité sur la nature humaine, mais elle n’en sera que plus forte et toutes ces mésaventures n’auront pas atteint son bon fond.

En plus de l’histoire, qui m’a particulièrement captivée, j’ai beaucoup aimé l’écriture, malgré quelques épisodes où l’auteure/Catherine parle au lecteur directement, un peu comme quand un acteur s’arrête et parle à la caméra. Je suis allergique à ce genre de procédé. Mais bon, je diverge.

Même s’il fut publié après la mort de Jane Austen, donc après ses autres succès, ce livre a été le premier complété par l’auteure et je le trouve d’autant plus intéressant pour ça. L’histoire se tient, il y a peu de temps morts et c’est vraiment très comique. En anglais, du moins. Je me demande si la version traduite a gardé cet humour mordant. En voici quelques exemples:

« Her father was a clergyman, without being neglected or poor, and a very respectable man, though his name was Richard […] and he was not the least addicted to locking up his daughters. » (p. 1)

« Her own family were plain matter-of-fact people, who seldom aim at wit of any kind; her father at the utmost being contented with a pun, and her mother with a proverb […] » (p. 54)

« A woman, especially, if she have the misfortune of knowing anything, should conceal it as well as she can. » (p. 99)

Un seul point négatif, et cela concerne beaucoup plus la maison d’édition que le roman. Sur la quatrième de couverture, on peut lire ceci: « Catherine Morland has unworldly charm and a vivid imagination. When she is invited to be a guest at the mysterious Northanger Abbey, she imagines it to be full of dark secrets like her favourite Gothic novels. Only her friend Henry Tilney can help her separate fantasy and reality. » En gros, on dit que Catherine Morland est une beauté un peu aérienne et qu’elle vivra un tas d’aventures à Northanger Abbey, mais pas un mot sur Bath. Ouais… Considérant qu’au début du livre, on n’arrête pas de souligner que la beauté de Catherine est ordinaire et qu’on n’arrive à Northanger qu’à la page 144 (sur 236 pages), il y a presque fausse publicité.

La lecture de ce livre était une lecture commune organisée par Le hérisson lecteur.

Les blogueuses suivantes ont participé, et leurs billets devraient paraître sou peu: Anne, l’Ogresse de Paris, le Hérisson lecteur, Zoé.

Prochaine lecture commune avec presque la même bande: Alice au pays des merveilles le 31 décembre.

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The Book of Illusions – Paul Auster

Paul AUSTER (2002)

Henry Hold and Company

321 pages

Il y a quelques jours, j’ai vu sur le blogue de Flo un Défi Paul Auster. Comme j’ai déjà quelques défis en cours de route, et même pas assez de temps pour eux, je ne m’inscrirai pas à celui-ci, mais je le suivrai de loin, car j’aime beaucoup cet auteur. Et lire sur ce défi m’a fait penser que j’ai justement deux Paul Auster qui m’attendent (La Trilogie new-yorkaise et Brooklyn Follies). Comme tout ce que j’ai lu de lui a été des coups de coeur, je suis sûre que ces deux-là le seront aussi. Auster a le don de prendre des histoires en apparence banales et de les rendre intéressantes et mystérieuses. Des petits riens deviennent des trames principales et des gens ordinaires deviennent des personnages extraordinaires. Donc, je lirai avec intérêt les billets des participants au défi Paul Auster et quand j’aurai terminé mes 10 livres entamés (!) j’ouvrirai un de mes Auster. En attendant, j’ai retrouvé d’anciens billets que j’avais écrits sur mes lectures. Ils datent de quelques années, du temps du club des rats de biblio-net, mais je les ai mis à jour et polis un peu, en attendant le nouveau matériel…

(critique d’origine: automne 2003)

J’ai enfin terminé mon premier Paul Auster cette nuit (à deux heures du matin) et j’ai absolument adoré. Un coup de coeur. Un livre que je vais acheter et relire, c’est certain. (MAJ 2011: Il a en effet été acheté et relu. En fait, j’ai même envie de le relire, là.) David Zimmer, jeune veuf, décide du jour au lendemain d’écrire un livre sur Hector Mann, un mystérieux acteur de films muets qui était assez populaire dans les années 20. Ce livre est la seule chose qui garde David en vie après la mort de sa femme et de ses deux fils dans un accident d’avion. Après la publication de son livre, qui se veut très technique et non biographique, car peu d’information circule sur Hector Mann, David reçoit une lettre de Frieda Spelling, qui dit être la femme d’Hector Mann et qui lui annonce que ce dernier (qui est porté disparu et présumé mort depuis la fin des années 20) a lu son livre et désire le rencontrer. Là commence un nouveau chapitre dans la vie de David Zimmer et petit à petit, nous découvrirons le mystère d’Hector Mann.

J’ai absolument adoré ce livre. Un livre parfait à mon avis: une excellente histoire/intrigue, des personnages complexes, des propos intelligents, voire même parfois un peu arrogants, et, bien sûr, du cinéma. Contrairement à certains commentaires que j’ai lus, j’ai absolument dévoré les descriptions des films muets. C’était comme si je les regardais. Ah, le pouvoir de l’imagination. J’ai aimé « l’imprévu » de l’histoire. Quand on nous raconte l’histoire de Hector, rien n’est prévisible, on nous surprend à chaque tournant. L’auteur nous fait passer à travers toute une gamme d’émotions et, vers la fin, je commençais à être drôlement stressée. Et que dire d’un auteur qui réussit presque à nous faire détester une petite vieille de 80 ans? Un véritable coup de coeur. Paul Auster a une nouvelle admiratrice.

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Aya de Yopougon, vol. 1 à 6 – Marguerite Abouet

Aya de Yopougon

Volumes 1 à 6

Marguerite ABOUET

Bayou

Semblant de résumé

Les six tomes de cette série nous relatent les histoires d’Aya, jeune fille de 19 ans qui vit à Yopougon, commune d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Autour d’Aya, qui rêve de faire médecine, gravitent sa famille et ses amis: Bintou, qui veut devenir célèbre, et Adjoua, qui devra vivre avec la dure réalité de jeune fille mère. Les parents des filles sont aussi des personnages principaux en soi et à travers eux, Marguerite Abouet réussit à faire passer toute une gamme d’opinions, de croyances, d’habitudes et de coutumes. On parlera d’homosexualité (inconcevable là-bas), de grossesse, de farniente, de mariage forcé, d’adultère, d’études, d’argent, de jeunes qui se cherchent, d’émigration, de fraude, de croyances, de coutumes, etc.

Mon avis

J’ai adoré! Encore une fois, merci à ma copine Annie pour cette jolie découverte que j’ai dévorée. J’ai tout aimé de cette série. Les illustrations de Clément Oubrerie sont magnifiques. Les histoires de Marguerite Abouet sont géniales, intéressantes, inspirantes et éducatives. C’est un minicours de sociologie africaine (ivoirienne, du moins) qu’elle nous donne sans toutefois que ce soit barbant. Certains personnages, surtout les hommes, et certaines histoires feront rager les femmes occidentales que nous sommes, mais il y a espoir et tout n’est pas perdu, car les jeunes filles, et même leurs mères, sont des femmes fortes qui sans nécessairement se battre officiellement, refusent de toujours accepter sans rien dire ce que la génération précédente a fait.

J’ai aussi beaucoup aimé les mots de cette série. La langue est presque un personnage en soi. À la fin de chaque tome, il y a un lexique ivoirien qui nous aide à mieux comprendre l’histoire, mais même sans s’y référer, on comprend le sens. (Exemples: ploco-placa: faire l’amour; gaou: idiot; djo: un mec, etc.). Il y a aussi les nombreux proverbes qui me semblent sans queue ni tête, mais qui sont tordants: « Quiconque ne veut pas manger, ne veut pas non plus aller à la selle. » (On récolte ce que l’on sème.);  « Les oreilles ont beau pousser, elles ne dépasseront jamais la tête. »; « Les fesses ont beau grossir, elles n’étouffent pas l’anus. » (Même si tu es gros et faible, tu as toujours un point faible.); « Les boutons qui sont entre les fesses de ton voisin ne doivent pas te déranger. »; « Retenir ses excréments dans le ventre n’est pas un remède contre la faim. »; « Personne ne peut presser tout seul l’abcès qu’il a dans son dos. »; « Le bouc pue mais les chèvres ne le repoussent pas. » (Il faut accepter de garder son mari malgré tout.). Et j’aurais pu continuer ainsi.

De plus, à la fin de chaque tome, il y a aussi le « bonus ivoirien ». Quelle merveilleuse idée! On y retrouve des recettes du pays, des modes d’emploi, comme celui qui montrera aux femmes à attacher son bébé sur son dos, et quelques courts textes pour expliquer un peu les us et coutumes du pays, comme la relation entre la Côte d’Ivoire et la France ou le (non) rôle des psychologues dans ce pays, etc.

Exemple de bonus ivoirien, où on apprend comment se trémousser grâce à Bintou.

Apparemment qu’un film est en cours…

L’illustrateur, Clément Oubrerie, a un blogue dans lequel vous pouvez voir ses illustrations.

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