Tooth & Nail – Ian Rankin

Ian RANKIN (1re édition 1992)

Orion (réédition – 1998)

275 pages

L’inspecteur Rebus, qu’on a appris à connaître et qu’on aime, est appelé à Londres pour enquêter sur les crimes d’un meurtrier en série qui s’attaque sauvagement aux femmes. Depuis qu’il a résolu ce qui ressemblait à un cas semblable quelques années plus tôt à Édimbourg, Rebus est reconnu jusque dans le Sud, c’est-à-dire à Londres, mais ce n’est pas toute la bridage anglaise qui est heureuse de voir débarquer ce « paysan » d’Écossais. Toujours adepte de méthodes peu orthodoxes, Rebus, en compagnie de son homologue anglais George Flight, essaiera de résoudre ce nouveau mystère.

Encore une fois, j’ai beaucoup aimé ce livre de Rankin. Bon, j’adore l’Écosse et cet auteur, alors le fait qu’il aille visiter ma ville préférée au monde ne fait qu’en ajouter. De plus, l’intrigue est bien ficelée, et comme je suis bon public, je n’ai pas découvert le pot aux roses avant d’arriver vers la fin. C’est un livre plutôt noir où certains éléments qui semblent maintenant récurrents dans les livres de Rankin reviennent (références à M. Hyde; une autre histoire cul-de-sac avec une femme, etc.) J’ai adoré les différences soulignées entre l’Écosse et les Écossais et l’Angleterre et les Anglais. Est-ce un vieux restant de complexe colonial Québec-France? Peut-être, mais ça m’a plu. Notez aussi l’apparition-éclair de Morris Gerald Cafferty, un gangster écossais qui reviendra dans les prochains livres.

Encore une fois, j’avais entre les mains la super réédition d’Orion, dans laquelle Rankin écrit une introduction. On y apprend donc quelques faits divers intéressants qui ne font qu’ajouter du plaisir à notre lecture. En voici quelques-uns:

  • Rankin a vécu à Londres de 1986 à 1990, à Tottenham près de la Lea, où se situe le dernier meurtre du loup-garou. Fidèle à lui-même, Rankin aime bien placer ses histoires dans des lieux qui lui sont familiers.
  • La première édition anglaise s’appelait Wolfman, et non Tooth & Nail. C’est l’éditeur américain de Rankin qui l’a convaincu de changer le titre, disant que le livre serait pris pour un livre d’horreur.
  • D’après Rankin, ce livre a été influencé par sa lecture de The Silence of the Lambs de Thomas Harris. Il avoue sans honte qu’il voulait atteindre les ventes de Harris. Il a donc écrit une histoire de tueur en série, genre à la mode à l’époque, et il en a mis épais. Son éditeur, bouleversé,  lui a dit de couper, car il y avait trop de sexe et de violence.
  • Pendant ses années à Londres, Rankin a été juré à l’Old Bailey, et le temps qu’il a passé là-bas a servi pour sa description de l’endroit dans ce livre. Un jour, alors qu’il prenait des notes, un garde de sécurité l’a arrêté et lui a demandé de lui montrer ce qu’il écrivait. Horrifié, le garde qui croyait à une menace terroriste, a tout confisqué. Mais Rankin est allé s’asseoir dehors, sur un banc, et a tout retranscrit.
  • La liste des remerciements est une plaisanterie d’initiés: elle contient le nom de ses amis. Notez le nom du Pr J. Curt, qui est en fait Jon Curt, un ami d’université de Rebus avec qui il a beaucoup bu, qui deviendra le Dr Curt dans de futurs romans de Rebus.

Maintenant, un mot sur la traduction de Frédéric Grellier, qui est terrible, à mon avis. En lisant l’introduction de Rankin, qui disait que ce livre contenait beaucoup d’expressions écossaises, j’ai décidé de sortir aussi la version traduite de la bibliothèque, histoire de m’aider si je ne comprenais plus rien à la version originale. Eh bien, j’ai compris la version anglaise, et j’ai détesté la traduction. Celle-ci est très européenne (gonzesses, buter, tronches, etc.) et semble faire fi des passages plus compliqués en écossais.

Voici un exemple d’écossais qui n’a pas été traduit. La phrase a carrément été effacée. Je comprends que traduire une telle chose tient probablement de l’horreur et j’ignore ce que j’aurais fait, mais comme ce tome utilise beaucoup d’expressions écossaises et fait référence à quelques reprises au père de Rebus, à mon avis, il fallait l’inclure.

The argumentative punk was tall and immensely thin, his size and shape accentuated by the black he wore from tip to toe. ‘Twa ply o’ reek,’ Rebus’s father would have called him.  Was the Wolfman fat or thin? (p.126 de l’édition anglaise)

Celui qui ne voulait pas lâcher le morceau était une espèce de grand échalas, l’impression de maigreur et de grandeur accentuée par sa tenue noire de la tête aux pieds. Et le Loup-Garou, était-il maigre ou gros? (p.167 de la traduction)

Ici, un exemple de mauvaise traduction de « get this » et de vocabulaire très européen:

Get this, I’m not homosexul, O.K. ? (p.186 de l’édition anglaise)

T’es pas cool, gonzesse, je suis pas homossexuel, OK ? (p.240 de la traduction)

Merci à Isa pour le super logo Rebus. Si vous voulez lire son avis sur le livre, cliquez ici. Et pour savoir la signification du « FYTP » sur l’affiche, eh bien, il faudra lire le livre…

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)
Et hop! Un autre livre Kiltissme!
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14 Commentaires

Classé dans Rankin Ian

14 réponses à “Tooth & Nail – Ian Rankin

  1. Yspaddaden

    j’ai lu deux enquêtes de Rebus, en français, et ce que tu écris de la traduction me fait frémir, c’est inquiétant…

  2. Je te comprends! J’ai lu en français le 2e Rebus (Le fond de l’enfer) et j’ai le 5e ici (Le carnet noir) et ils me semblent bien traduits, mais c’est seulement en faisant un genre de lecture comparée du 3e (Le loup-garou) que j’ai repéré ces problèmes. Que la traduction soit européenne, ça va. L’éditeur a fait un choix et il a le droit, mais que le traducteur saute des bouts et fasse de mauvaises traductions, c’est pratiquement inacceptable.

  3. Lou

    Sympa cet article… tes commentaires sur Tottenham etc m’intéressent 🙂 Merci pour l’article !

  4. Le premier m’avait plu mais celui-ci ne m’a pas emballée même si j’ai apprécié son humour… Du coup, j’abandonne la série et je passe à un autre auteur de polar…

  5. C’est sûr que ça ne sert à rien de continuer si tu n’accroches pas. Il y a tellement d’autres livres à lire 🙂 Je dois dire, par contre, que dans le 4e, je me bidonne 🙂 Je le trouve très drôle. En tout cas, vivement tes billets d’autres polars. Je suis dans un « mood » policier, ces temps-ci.

  6. Je suis en train de le terminer, j’adore : sans doute un des meilleurs lus jusque là.
    Par contre, quand tu dis que le traducteur a fait une traduction « européenne », ça m’interroge : heu l’Ecosse, c’est en Europe non ? La traduction est certes moins écossaise que le texte original, plus neutre, mais bon, pour une fois qu’on ne nous fait pas une traduction à l’américaine comme on en voit trop souvent ici – d’autant que Rankin est européen ;-)…

  7. J’ai adoré aussi! J’adore sa nonchalance et son je-m’en-foutisme! Vive Rebus!

    Merci pour la question sur la traduction! Je suis contente d’élaborer sur le sujet 🙂

    Quand je parlais de traduction européenne, je parlais de traduction en français européen mise en place pour un public français, pas pour les francophones hors de l’Hexagone. Pour nous, une phrase comme « T’es pas cool, gonzesse, arrête ou je vais te buter », ça sonne aussi mal qu’une phrase du type « Embarque dans le char pour que j’aille te porter » pour vous. MAIS comme j’ai dit dans un des commentaires, c’est un choix de l’éditeur et de l’équipe de traduction et je suis capable de l’accepter. Je trouve quand même ça un peu paresseux.

    Il faut prendre mes propos avec un grain de sel 😉 C’est que je travaille dans la traduction de films et de séries télé depuis 6 ans alors les maux de tête pour traduire du slang en français neutre ou international, je connais. Mais je sais que ça peut se faire. Et ça ne s’est pas fait ici. Je ne voudrais pas que l’équipe de traduction omette les particularités européennes de Rebus et du livre, mais il y a un manque flagrant de sensibilité langagière dans la traduction, à mon avis. Je blâme surtout l’équipe de révision qui n’a pas su mieux diriger le traducteur. Comme tu vois, je le prends un peu personnel, car je travaille dans ce milieu. C’est un peu comme un policier qui lirait ces livres, j’imagine. Il verrait un tas de trucs qui le dérangent 🙂

    Quand tu dis que tu vois beaucoup de traductions à l’américaine, tu m’intrigues vraiment. Peux-tu me donner un exemple? Nous, on n’a presque juste des traductions européennes françaises. J’aimerais bien qu’on aille les vôtres 🙂 Je comprends que le public européen est plus important en nombre que le public nord-américain et que je sais que le bassin de traducteurs européens est plus grand que le bassin de traducteurs américains, mais la presque-neutralité existe 🙂 (Mon copain et moi avons regardé une émission de cuisine doublée la semaine dernière et on ne pouvait pas dire du tout si elle était doublée au Québec ou en France. Mais à la toute fin, l’animateur a dit : « Faut y aller au feeling. » On a su que c’était français 😉 Ici, on aurait dit « à l’oeil ». Mais quand même, la traduction était parfaite tout au long.)

  8. Franchement, je suis bien incapable de te donner au pied levé un exemple de traduction à l’américaine avec une référence précise. Ce que je veux dire, c’est que souvent la traduction anglais vers français est parfois peu méticuleuse avec de vrais problèmes de sens. Mais ici je n’ai vu aucun problème. Je ne sais pas s’il existe vraiment un français « international ». En tout cas ici, je n’ai pas vu de problème de traduction trop « marquée ». Mais bon, je suis française comme le traducteur… Et ta réflexion sur la traduction est typiquement québécoise (prends le avec un grain de sel, hein ;-)). Franchement, la seule chose qui me pose problème d’emblée ici c’est la traduction du titre que je trouve débilisante. Si je n’avais pas lu de bonnes critiques sur les blogs, je pense que je n’aurais jamais acheté ce livre.

  9. Ah oui, j’assume ma « québécité » 🙂

    Pour le titre, j’avoue que c’est étrange. Surtout que l’éditeur américain a forcé Rankin a changé son « Wolfman » pour autre chose, justement. En tout cas, je déteste souvent la plupart des traductions des titres d’oeuvres artistiques. D’habitude, ce n’est pas les traducteurs qui s’en occupent. Il doit y avoir une question légale derrière tout ça, mais je trouve que souvent, les titres traduits n’ont pas rapport.

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